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En essayant de réinventer la liturgie chrétienne, le gouvernement a essayé de placer le pouvoir spirituel sous le contrôle du pouvoir temporel. Pour éviter l’escalade, il faut mettre le holà à cette volonté de tout imposer par la force ou la coercition.

Ayant fait montre d’entêtement jusque-là, le gouvernement gagnerait à revoir sa copie d’ici au 25 du mois en cours. En tout cas, il prendrait un risque inutile en sombrant dans le péché d’orgueil. © Gabonreview/Shutterstock

 

En essayant de réinventer la liturgie chrétienne, le gouvernement a déclenché la colère des églises. Même sous prétexte de lutte contre la Covid-19, chrétiens et républicains ne peuvent se satisfaire de cette atteinte à la liberté de culte et au sacro-saint principe de laïcité. Expression d’un glissement vers le césaro-papisme, les dernières préconisations du ministre de l’Intérieur ne procèdent pas seulement d’une volonté de placer le pouvoir spirituel sous le contrôle du pouvoir temporel. Elles sont aussi de nature à pousser les églises au raidissement voire à créer les conditions d’un affrontement ouvert. Pour éviter l’escalade, il faut mettre le holà à cette tendance à l’enfermement, ce désir de tout imposer par la force.

Course à l’échalote 

Le gouvernement ne peut à la fois prétendre défendre l’intérêt général et s’adonner au mélange des genres. Dans sa gestion de la crise sanitaire, il donne l’impression de faire comme bon lui semble, quitte à nourrir la tension. A trop bander les muscles, il est allé de contradictions en approximations, alimentant la suspicion. Ayant tout misé sur les aspects sécuritaires, ayant annoncé des décisions taillées sur mesure, il s’est mué en héraut d’une application différenciée de la loi. Jamais, il ne s’est donné les moyens d’installer la confiance ou de se mettre à l’écoute. A aucun moment, il n’a essayé d’apporter des réponses efficaces aux attentes des forces sociales : respect des libertés individuelles et, lutte contre les vulnérabilités sociales.

Refusant de s’interroger sur la cohérence de son dispositif, le gouvernement a annoncé tout et son contraire. Deux de ses dernières décisions symbolisent cette course à l’échalote : la fin de la gratuité des tests et, la limitation des rassemblements à 30 personnes. En période de catastrophe sanitaire, l’Etat n’a-t-il pas le devoir s’acquitter des frais inhérents à la prise en charge des populations ? Serait-il en train d’instaurer une ségrégation par l’argent dans la lutte contre la covid-19 ? Serait-il en train de condamner les démunis à vivre dans l’ignorance de leur statut ? Sur quel fondement scientifique le chiffre 30 a-t-il été arrêté ? N’était-il pas plus indiqué de tenir compte des superficies des lieux de rassemblement ? Pourquoi les marchés ne sont-ils pas tenus de limiter leur affluence ? Avant d’édicter une telle mesure, le gouvernement aurait dû se souvenir d’une réalité : les chrétiens fréquentent aussi les marchés. S’ils peuvent s’y retrouver à plus de 30, s’ils peuvent s’y frotter les uns aux autres, pourquoi ne le pourraient-ils pas à l’église ?

Écoute et discussion, les meilleurs moyens

Au demeurant, la stratégie du gouvernement paraît indéchiffrable. Malgré les réserves et doutes du clergé, le ministre de l’Intérieur a conditionné l’accès aux lieux de culte à la présentation d’un test datant de moins de 14 jours. Dans la foulée, il a institué le paiement des dîmes et quêtes par voie électronique, s’autorisant même à interdire la distribution de l’eucharistie. En clair, les chrétiens ne pourront plus manifester leur foi dans la présence éternelle du sacrifice de Jésus-Christ. Or, ce rite occupe une place centrale dans la doctrine chrétienne. Ne pas le respecter revient à vider la messe de son sens. Pour assister aux offices religieux, les croyants devront débourser au bas mot 10.000 francs par mois et par personne. Est-ce une façon de réserver les cultes aux plus fortunés ou de retirer aux défavorisés le droit de vivre leur foi ? De plus, ne pouvant renseigner un formulaire, les gens de peu d’instruction ne pourront avoir accès aux églises. Est-ce une manière de transformer la religion en privilège pour gens instruits ? Par ailleurs, dans leur vie de tous les jours, les croyants utilisent la monnaie fiduciaire. Pourquoi devront-ils recourir au numérique durant les offices religieux ? Là encore, on peine à comprendre.

Même s’il a jusque-là fait montre d’entêtement, le gouvernement gagnerait à revoir sa copie d’ici au 25 du mois en cours. En tout cas, il prendrait un risque inutile en sombrant dans le péché d’orgueil. Malgré les interprétations partisanes et propos va-t-en-guerre entendus çà et là, les hommes d’église ne cherchent nullement à dicter leur loi. Témoins des facilités accordées aux commerces et des libertés prises par des ministres ou des militaires, ils veulent simplement reprendre leurs activités dans le strict respect de la Constitution, du principe de laïcité et des mesures barrières. Face à une telle revendication, l’écoute et la discussion restent encore les meilleurs moyens. A contrario, la force apparaît comme le pire recours.



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