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En voulant affirmer leur pouvoir sur les affaires religieuses, le ministre de l’Intérieur et de son collègue de la Santé ont sombré dans le péché d’orgueil, dévoilant une curieuse interprétation de la laïcité.

Si le ministre de l’Intérieur est aussi celui des cultes, son rôle se résume à deux aspects : les relations avec les autorités religieuses et le respect de l’ordre public durant les offices. Pour rien au monde, il n’a le droit de s’inviter dans l’organisation des rites et cérémonies. © Gabonreview/Shutterstock

 

A travers un train de mesures pas toujours cohérent, le pouvoir a choisi de bomber le torse. «Aucun acte de défiance ne sera toléré», ont lancé les ministres en charge de l’Intérieur et de la Santé, en réponse aux exigences du clergé. Tonitruante à souhait, cette sortie correspond aux errements enregistrés depuis le début de la crise sanitaire. Confondant autorité et autoritarisme, le gouvernement n’a eu de cesse de brider les libertés. Ne faisant pas de différence entre juridisme et légalité, il s’est autorisé à limiter les droits. Mal à l’aise dans son rapport à l’autre, il n’a jamais su tracer les lignes de démarcation.

Atteinte aux piliers de la liberté de conscience

A l’évidence, le discours du 16 octobre courant reposait sur ces trois piliers. Hors de toute explication scientifique, le ministre de l’Intérieur et son collègue de la Santé ont limité l’affluence aux cultes à 30 personnes. Dans la foulée, ils ont édicté une double obligation pour chaque fidèle : présenter un test datant de moins de 14 jours et, renseigner une fiche conçue en opportunité. Sans étayer leurs craintes quant au maintien de l’ordre public, ils ont autorisé un seul office par semaine, s’immisçant dans l’organisation des religions. Pour couronner le tout, ils ont proscrit la célébration eucharistique et le versement de la dîme en numéraire, s’attaquant de front à la doctrine chrétienne. Au total, Lambert-Noël Matha et Guy-Patrick Obiang Ndong ont porté atteinte aux piliers de la liberté de conscience : la liberté de religion et la laïcité. Voulaient-ils annoncer la fin de la séparation des églises et de l’Etat ? On ne peut le croire.

Le gouvernement dit être en lutte contre la covid-19. Mais, ses décisions ne contribuent nullement à crédibiliser son propos. Encore moins à restaurer la confiance. Prétend-il chercher à minimiser les risques de contacts ? Affirme-t-il vouloir se donner les moyens de tracer les cas contacts ? On lui oppose la situation des commerces : en ces lieux, l’affluence n’est pas limitée. On y entre et sort comme on veut, tous les jours ouvrables, sans présenter de test ni remplir de formulaire. Soutient-il avoir à cœur de minimiser la propagation du virus ? On lui rappelle la réalité de nos universités. En sureffectif chronique, ces institutions accueillent des centaines voire des milliers d’enfants tout et chaque jour. Sont-ils devenus des foyers de propagation ? Nul ne peut le soutenir. Pourquoi alors envisager le pire s’agissant des églises ?

Volonté d’empiéter sur les prérogatives du clergé

De par ses décisions, le gouvernement alimente la controverse. Sur sa capacité à respecter la liberté de conscience, il nourrit toutes les inquiétudes. Après tout, en son article 18, la Déclaration universelle des droits de l’homme dispose : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de (…) manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé, par (…) le culte et l’accomplissement des rites.» Certes, la lutte contre la covid-19 a créé une situation d’exception. Certes, l’exercice de toute liberté ne va pas sans respect de l’ordre public. N’empêche, l’éradication de ce virus relève de l’utopie. Du coup, il faut apprendre à vivre avec. Le gouvernement doute-t-il de la capacité des églises à faire respecter les mesures barrières ? Les soupçonne-t-il de vouloir troubler l’ordre public ? Au Gabon, les ministres du culte se sont toujours posés en guides spirituels. Jamais, ils ne sont comportés en leaders politiques ou associatifs. Dès lors, le raidissement du pouvoir temporel s’explique difficilement.

En voulant affirmer leur pouvoir sur les affaires religieuses, le ministre de l’Intérieur et de son collègue de la Santé ont sombré dans le péché d’orgueil, jetant de l’huile sur le feu tout en dévoilant une curieuse interprétation de la laïcité. Si le ministre de l’Intérieur est aussi celui des cultes, son rôle se résume à deux aspects : les relations avec les autorités religieuses et le respect de l’ordre public durant les offices. Sous aucun prétexte, il ne peut réinventer la liturgie. Pour rien au monde, il n’a le droit de s’inviter dans l’organisation des rites et cérémonies. Eu égard à cette volonté d’empiéter sur les prérogatives du clergé, on peut légitimement redouter une confiscation durable des libertés. A quelques jours de la date-butoir arrêtée par l’épiscopat chrétien, tout ceci exhale du souffre. A moins de faire preuve d’irresponsabilité, chacun devrait y réfléchir.



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